UN PLAN de masse, découvert aux Archives Départementales dans un dossier d’échange de parcelles,
Notez que n’y figurent ni le décrochement, ni le garage.
Hôtel "DUGUESCLIN”, pourquoi ?
En bordure de propriété, à droite de l’hôtel, un autre bâtiment bien séparé : les écuries et le garage “avec fosse” précise la carte publicitaire de 1903.
L’immeuble continue par un décrochement qui semble prendre en largeur la moitié de la partie précédente, avec les mêmes dispositions de fenêtres.
Au-dessus de l’ensemble, un toit plat d’où émergent les cheminées et qui semble au même niveau que les dernières fenêtres de la tourelle…
“Une façade de trente-sept mètres sur la mer”,
annonçait aussi Le Salut.
Quatre niveaux prolongent la “tour”.
Cette fois, l’enseigne peinte au sommet est tournée vers le large.
Le corps principal du bâtiment est percé de cinq fenêtres à chaque étage, en plein cintre aux deux premiers, rectangulaires ensuite.
Terrasses et balcons ombragés de stores occupent une partie des deux premiers étages.
Au rez-de-chaussée de la “tour”, un porche surmonté de fenêtres. Au faîte d’un toit à quatre pans et chiens-assis, l’enseigne tournée vers la Houle.
Entre hôtel et falaise, une sorte de passerelle et, en dessous, ce qui pourrait bien n'être que l'escalier reliant les différents niveaux et non la cage d'un ascenseur, qui est bien mentionné dans l’article initial, mais dont on ne retrouve trace dans aucun document ultérieur
Une fois entré dans la propriété, contraste complet avec l’extérieur !
Vous traversiez un jardin extrêmement soigné dès les débuts de l’exploitation
Le beau monsieur à barbichette et panama blanc
(selon certains, ce serait M. Laurent lui-même)
peut profiter tranquillement de la douceur du climat, dans ce décor exotique de palmiers, pendant que les jardiniers relèvent un instant la tête pour le photographe.
(carte postée de Cancale le 03/06/1903,
moins d’un an après l’ouverture).
A peine ouvert, le Du Guesclin devient à Cancale la cible favorite des objectifs . De la cale de la Fenêtre, vous l’aperceviez derrière le vieux phare. Et cela vous donnait déjà une idée de son importance, car la toiture semble presque atteindre le sommet de la falaise des Crolles.
Dressé par notaire lors de la vente en 1925,
un DESCRIPTIF complet de l’immeuble
qui nous révèle - enfin de façon certaine -
la distribution intérieure :
“ … L’immeuble connu sous le nom d’HOTEL DU GUESCLIN comprenant : - un bâtiment aspecté à l’Est, construit en pierre, avec pavillon couvert en ardoise dans la partie sud du bâtiment, le surplus formant terrasse avec accès, derrière l’immeuble, par un escalier aboutissant au chemin de la commune affecté à la servitude de passage des douaniers, le dit bâtiment composé de la façon suivante : - caves et sous-sol ; - au rez-de-chaussée : vestibule, bureau, lingerie, office, cuisine et décharges, cabinets d’aisances, et, donnant sur la grande terrasse existant devant l’hôtel, salon, salle à thé et salle à manger ; - au premier étage : salle de bain et quatre chambres à l’arrière, cabinet d’aisances, cinq chambres devant, deux de celles-ci donnant sur la petite terrasse élevée au dessus et dans la partie nord de la précédente ; - aux deuxième et troisième étages : même distribution des pièces que ci-dessus ; - chambre au quatrième étage du pavillon. - cour au nord, dans laquelle remises et garage avec fosse pour les automobiles ; - cour d’honneur au jardin, à l’est ; - jardin au midi (y compris le départ situé à l’entrée de la petite porte du parc). - falaise Le tout joint au nord M.X, à l’est les Domaines, au midi la commune de Cancale, à l’ouest par la falaise, le chemin communal affecté à la servitude de passage des douaniers, et paraît cadastré sous les n°s 542 P… de la section B, pour une contenance approximative totale de 44 ares 80 centiares…”
Le Du Guesclin, certainement le plus bel hôtel de Cancale à l’époque,
fut inauguré officiellement le 31 août 1902,
jour de Régates dont la première course fut gagnée par la “Perle”.
Selon Guy Mindeau, les plans de l’édifice seraient de l’architecte GIBAULT.
Ce terrain, conquête récente sur la mer grâce aux débris d’anciennes carrières, est situé dans la partie Est de la Houle , après la jetée de la “Fenêtre”, en face des parcs…
De plus, en 1902, M. LAURENT, le promoteur de l’hôtel, est aussi propriétaire du Fort du Guesclin, leur premier lieu de résidence, sur l’ilôt et la plage du même nom.
Autre hypothèse :
un hommage au connétable Bertrand du Guesclin, que cette année-là on fête à Dinan.
Ce serait alors le choix d’un publicitaire avisé !
A deux pas d’un port grouillant de vie, l’établissement est bien retranché derrière ses murets et ses grilles édifiés dès le début.
A la vue de cette énorme tour quadrangulaire, comment ne pas songer à un château fort ?
A quoi servent les "guérites" en bois devant l’entrée ?
Deux certitudes :
- on les trouve sur des cartes au moins dès 1913,
rien à voir donc avec une occupation militaire ;
- on peut lire sur le côté “HOTEL DU GUESCLIN” …
Cabines de bain ici entreposées peut-être ?
Dans ce milieu maritime très réglementé, c’était l’un des deux seuls endroits du port autorisés pour le dépôt des engins de pêche.
Plusieurs cabanes et remises, une forge et même une écurie l’encombraient également.
L’emplacement n’avait donc rien de bien attirant au départ.
Référence possible à l’histoire locale :
Sous l’Ancien Régime,
Cancale était le siège du Comté du Plessis-Bertrand, ancienne possession de la famille du Guesclin,
Pourtant, la construction va bon train. Près d’une centaine d’ouvriers travaillent sur le chantier, le 14 mars 1902 les murs ont atteint le premier étage, et l’hôtel ouvre ses portes le samedi 12 juillet pour le déjeuner de midi .
… Et la passerelle déjà signalée, qui permettait un accès direct direct à la pointe des Crolles.
De nos jours, vous pourrez encore apercevoir quelques marches de l’escalier envahies par la broussaille.
Deux documents “papier” pour compléter ce parcours en images
Le Salut, journal local que lit ici l’abbé FOURÉ, le célèbre sculpteur de Rochers, posant “surpris dans son coin préféré”, nous a aussi permis d’en retracer les débuts.
Enfin, quelques actes notariés retrouvés dans des archives ont complété ces sources.
Tout commence en 1902 par ce titre-choc dans "Le Salut" du 7 janvier :
“Dans le train”.
“Qui ça ?… parbleu, Cancale, à qui, paraît-il, ne suffisent plus ces bonnes petites hôtelleries où les promeneurs et les touristes trouvaient à déjeuner et dîner si convenablement à bon marché…
C’est du moins ce que semble avoir pensé M. LAURENT, directeur des grands magasins du Louvre qui… a acquis… en face des parcs à huîtres, une portion de falaise sur laquelle il a fait commencer par les soins de M. POIVREL, le jeune entrepreneur rennais qui a construit le Casino de St Malo, un hôtel … qui sera sans doute éclairé à l’électricité (et) pourvu d’un ascenseur…”
Pratiquement rien ne reste de l’édifice.
Mais il est présent de près ou de loin sur tant de cartes postales et sous tant d’angles, qu’il est possible, cent ans après la construction, de le reconstituer.
Aristide Delarose Cancale et à l'entour
Un hôtel luxueux, construit à la "belle époque" par un magnat parisien, et resté mythique dans le souvenir des Cancalais.
Quelle est la réalité ?
Vieilles Pierres de Cancale
L'Hôtel Duguesclin
(1902-1944)